Mort de Pelé : également chanteur, le Roi du ballon rond avait plus d'une corde à sa guitare

Pelé, considéré comme le Roi du football, figurant parmi les plus grandes légendes de l’histoire du Brésil, s’est éteint jeudi 29 décembre à São Paulo des suites d’un cancer. Icône et génie du football mondial, le triple champion du monde a élevé son sport au rang d’un art qu’il a servi en virtuose. Artiste dans l’âme, et musicien comme bien des Brésiliens, Pelé ne s’est pas contenté de gratter une guitare au coin du feu. Doté d’un joli timbre grave, il a écrit, composé, chanté et enregistré au moins une dizaine de chansons. En voici quelques-unes.

Le duo du « Rei » avec la Reine Elis

En 1969, Pelé et la chanteuse Elis Regina (déjà célèbre à l’époque, elle sera une géante de la musique populaire brésilienne dans la décennie suivante) ont enregistré ensemble un 45 tours au titre global Tabelinha (terme brésilien désignant le une-deux, échange rapide de courtes passes en football) renfermant deux chansons composées par le footballeur, et ponctuées de dialogues. C’est Roberto Menescal, producteur, musicien qui a pris part aux premières heures de la bossa nova, qui a eu l’idée de cette collaboration. Dans une ambiance bossa, la première chanson, Perdão, não tem (« Il n’y a pas de pardon »), évoque une rupture mal vécue (apparemment un souvenir personnel du footballeur). Dans la seconde chanson, le joyeux Vexamão (« Vexation »), les deux complices s’amusent, tout simplement.

Chanteur pour la bande-son d’un film qui lui est consacré

De nombreux documentaires ont été consacrés à Pelé durant sa carrière de footballeur et bien après. L’un d’eux, Le Roi Pelé, fut réalisé en 1977 par le cinéaste franco-suisse François Reichenbach et présenté hors compétition à Cannes. Avec une bande originale plus que soignée, produite et majoritairement signée par Sergio Mendes. Pelé a composé et chanté certains titres du disque, dont la chanson-générique du film, intitulée Meu Mundo é uma bola (« Mon univers est un ballon »), accompagné par le saxophone de Gerry Mulligan. Ce dernier, célèbre jazzman, était apparu en 1962 à la télévision américaine aux côtés d’un autre roi brésilien, celui de la bossa nova, Antônio Carlos Jobim.


Dans un document vidéo d’époque (au son assez bas, parasité par l’Horloge parlante en arrière fond !) posté sur le compte DailyMotion de France Inter, on voit Pelé chanter sa chanson en s’accompagnant à la guitare. Puis François Reichenbach explique la genèse du titre : « Un jour dans le stade de Maracanã, il s’est mis à improviser, pam, pam… J’ai dit : ‘Mais c’est merveilleux. Quelle est cette musique ?’ Il m’a dit :  ‘Je l’ai faite.’ Alors j’ai dit : ‘On a trouvé la musique du film, et elle est là.' » Puis le cinéaste s’est expliqué sur le choix des sujets de ses documentaires : « J’aime bien prendre des boxeurs qui ne sont pas des bons boxeurs, j’aime bien prendre des gens de tous les jours. Simplement, ce n’est pas le grand footballeur qui m’a plu mais c’est l’homme qui a un cœur. » À la fin de cette archive, alors qu’on demandait à Pelé s’il envisageait une carrière musicale après le football, il répondait en riant qu’il était un « très mauvais chanteur ». De fait, on le constate au gré des archives, il ne chantait pas toujours juste, mais avant tout, il s’amusait.

Dans la bande originale du documentaire, Pelé signe et chante également la douce ballade Cidade Grande (« Grande Ville »), interprétée avec la chanteuse Gracinha Leporace. Cette chanson donnera lieu à une reprise revisitée dans un tout autre esprit, plutôt « sertanejo » – l’équivalent brésilien de la musique country -, en duo avec le chanteur Jair Rodrigues.

Chanteur au service de l’enfance

En 1979, à l’occasion de l’Année internationale de l’enfance, Pelé, alors retraité du football depuis deux ans, a enregistré deux chansons dédiées à la cause de la jeunesse, et dont il a cédé les droits à l’Unicef, Criança (« Enfant ») et Moleque Danado (« Vilain garnement »).

En 1984, en tant que compositeur et co-interprète, l’ancien footballeur a participé, via la chanson Recado à criança (« Message à l’enfant »), à l’album Clube da Criança, lancé à la suite d’une émission de télévision du même nom. Il chante ce titre avec les chanteurs Patricia Marx et Luciano Nassym, qui étaient tous les deux enfants à l’époque.


Enfin, en 1998, avec le groupe musical Trem da Alegria, spécialisé jeune public, Pelé a enregistré la chanson ABC do Bicho-Papão, Toda Criança tem que ler e escrever (« L’ABC du Croquemitaine, Chaque enfant doit lire et écrire »). Le titre a été utilisé pour une campagne d’alphabétisation du ministère brésilien de l’Éducation.

Un album à 65 ans, puis une chanson pour les JO de Rio

En 2006, à 65 ans passés, Pelé s’est lancé dans l’écriture et l’enregistrement d’un album, Pelé Ginga, pour lequel il a invité notamment Gilberto Gil. Ils chantent en duo sur le titre Quem sou eu (« Qui suis-je »).


Dix ans plus tard, à 76 ans, l’inoxydable retraité du foot – mais pas des studios – a gravé la chanson Esperança (« Espoir ») pour célébrer les Jeux olympiques de Rio de Janeiro de 2016. Un titre porté par un clip très soigné, ponctué d’images d’archives du gamin de Santos…

Pour ses 80 ans, il y a deux ans à peine, Pelé s’est offert une collaboration joyeuse et vitaminée avec le duo mexicain Rodrigo y Gabriela. Titre de leur chanson : Acredita no Véio (« Écoutez le vieil homme »), avec en prime un clip riche en archives footballistiques.

Terminons cette évocation avec deux vidéos qui circulent sur YouTube (parmi beaucoup d’autres). D’abord, un Pelé jeune, celui des années foot, chantant en guitare-voix dans une archive datée de 1968…


Enfin, un tandem des deux légendes désormais disparues du football sud-américain, Pelé et Maradona. Pour son illustre confrère argentin, le Brésilien reprenait Quem sou eu (le titre qu’il avait enregistré avec Gilberto Gil) et le faisait rire avec les paroles : « Qui suis-je, Maradona ? Et qui êtes-vous ? Vous voulez être moi, et moi, je veux être vous… »

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