"Billie Holliday, une affaire d'Etat" : un biopic classique sur une femme d'exception

A l’instar de nombreux biopics, Billie Holliday, une affaire d’Etat se focalise sur un épisode de la vie de son héroïne, comme Jackie Kennedy dans Jackie, ou Django Reinhart avec Django. Le choix de Lee Daniels (Precious, Le Majordome) est d’aborder la star du jazz et du blues sous l’angle des persécutions qu’a subie “Lady Day” avec le FBI. Pendant les années 1940, “le bureau” l’a pourchassée pour ses positions antiracistes sous le prétexte de sa consommation de drogues, afin de la faire taire. Fidèle mais réducteur, le film sort en salles mercredi 2 juin.

Martyre

En 1939, Billie Holliday est une rare chanteuse noire à avoir un statut de star à New York. Elle reprend au Café Society, où elle se produit, une nouvelle chanson , Strange Fruit, qui dénonce le lynchage des noirs dans le Sud. Devenue un hymne antiraciste grâce à l’interprétation bouleversante qu’en donne l’artiste, l’interprète devient la cible des autorités qui lui interdisent de la chanter sur scène. Persistant dans son choix, le FBI charge un agent d’infiltrer son entourage pour l’accuser de consommation de drogues. Mais c’était sans compter sur l’amour qui pourrait changer la donne…

Si Billie Holliday, une affaire d’Etat s’émancipe de l’académisme de Lady Sings the Blues (DVD chez ESC Editions), premier biopic sur la chanteuse, il ne s’éloigne guère des poncifs du genre. Lee Daniels tire son épingle du jeu en abordant le seul épisode judiciaire, peu connu, de son histoire. L’Administration américaine ne parvint pas à ses fins, malgré ses efforts à détruire la carrière de l’artiste, mais elle l’envoya deux fois en prison en recourant à des procédés fallacieux. Le film s’inscrit ainsi dans la mouvance Black Lives Matter, en en faisant une martyre de la justice américaine pour sa couleur de peau. Louable sujet, mais qui aurait mérité un traitement plus audacieux, comme son modèle. Le contexte près-maccartiste de l’époque n’est que survolé, par exemple. Une des simplifications du film, pour convaincre et le rendre accessible.

Film politique

Chronologique, avec une reconstitution des années 1940 au cordeau, et l’interprétation de la chanteuse Andra Day, qui lui a valu un Golden Globe, Billie Holliday, une affaire d’Etat coche toutes les cases du travail bien fait. La chanteuse, dans son premier rôle à l’écran, a maigri de 15 kilos, fumé et bu du whisky pour trouver la rugosité vocale de Billie Holliday. Une approche du rôle toute américaine, où le jeu s’apparente à une performance. Le mélodrame entre l’infiltré et la chanteuse est convenue, et deux flash-backs évoquent l’environnement dans lequel a grandi Bille Holliday, la prostitution et son addiction toute jeune à la drogue. Mais Lee Daniels ne sort pas du procédé classique du retour en arrière, contrairement au puzzle imaginé par Clint Eastwood dans Bird (1988), son splendide biopic sur Charlie Parker.

C’est comme pionnière des Droits civiques que le film approche Billie Holliday, au-delà de l’artiste. Il s’inscrit dans un discours politique plus que musical, dans la lignée des Twelve Years A Slave, de Steve McQueen, Moonlight de Barry Jenkins, Green Book, de Peter Farrelly, ou BlacKkKlansman de Spike Lee. Le biopic de Lee Daniels reflète la nécessité d’une réappropriation de l’histoire par ceux qui l’ont faite. L’histoire est terrible et vraie, mais traitée avec un manichéisme didactique. Billie Holliday reste incontestablement la victime d’un système qui a cherché et est parvenue à la broyer en précipitant sa mort à 44 ans, par son acharnement. Si le film est méritoire, il prend surtout tout son sens lorsqu’apparaissent les cartons qui referment le film. Ils rappellent le refus du Congrès américain de reconnaître au niveau fédéral le lynchage comme crime jusqu’en 1992, ignorant les milliers de victimes pendant 120 ans. Le texte fut enfin adopté en février 2020, peu de temps avant le bouclage du film. Parfois, quelques mots suffisent.

La fiche

Genre : Drame / Biopic
Réalisateur : Lee Daniels
Acteurs :  Suzan-Lori Parks, Johann Hari, Garrett Hedlund, Leslie Jordan
Pays : Etats-Unis
Durée : 2h08
Sortie : 2 juin 2021
Distributeur : Metropolitan Filmexport

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Synopsis : En 1939, Billie Holiday est déjà une vedette du jazz new-yorkais quand elle entonne Strange Fruit, un vibrant réquisitoire contre le racisme qui se démarque de son répertoire habituel. La chanson déchaîne aussitôt la controverse, et le gouvernement lui intime de cesser de la chanter. Billie refuse. Elle devient dès lors une cible à abattre.

Billie Holiday a tout fait pour atténuer ses souffrances et oublier son enfance difficile, ses choix malheureux en matière d’hommes, et la difficulté de vivre en étant une femme de couleur en Amérique. La drogue fut l’une de ses échappatoires. Le gouvernement va retourner cette faiblesse contre elle et utiliser sa dépendance aux stupéfiants pour la faire tomber. Prêt à tout, Harry Anslinger, le chef du Bureau Fédéral des Narcotiques, charge Jimmy Fletcher, un agent de couleur, d’infiltrer les cercles dans lesquels évolue la chanteuse. Mais leur plan va rencontrer un obstacle majeur : Jimmy tombe amoureux de Billie…

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