"De son vivant" : Benoît Magimel magistral dans un film bouleversant sur la fin de vie

Après avoir raconté en 2014 le parcours éducatif d’un enfant placé dans La tête haute, relaté dans La fille de Brest le combat d’Irène Frachon dans l’affaire du Médiator en 2015, Emmanuelle Bercot s’attaque cette fois à la fin de vie. Avec De son vivant, elle signe un film bouleversant sur un sujet sensible, en salle le 24 novembre 2021.

Benjamin (Benoît Magimel), petite cinquantaine et professeur d’art dramatique, est atteint d’un cancer du pancréas, stade 4. Sa mère, Crystal (Catherine Deneuve), l’accompagne en consultation dans le cabinet du docteur Eddé (joué par Gabriel Sara, oncologue dans la vraie vie), un cancérologue convaincu de la nécessité de dire à ses patients la vérité. Il annonce à Benjamin que sa maladie est incurable. Benjamin va devoir apprivoiser l’idée de sa propre fin, résoudre certaines questions, trouver les mots à dire, les gestes à accomplir avant de partir, bref, « ranger son bureau », comme le lui suggère avec une douceur infinie le docteur Eddé.

Les quatre saisons

Souffrir, se séparer, dire adieu… cette fois, Benjamin va vivre pour de vrai les scènes qu’il fait répéter à ses élèves sous les projecteurs d’une salle de théâtre. Qu’ai-je accompli, que vais-je léguer ? Qu’est-ce qui a vraiment compté ? Telles sont les questions qu’il se pose au crépuscule d’une vie arrêtée en pleine course. Le professeur d’art dramatique réussira-t-il à remettre à sa place sa mère, aimante mais envahissante et intrusive ? Saura-t-il la pardonner et trouver la paix avec lui-même et avec ceux qu’il a autrefois abandonnés ?

Construit en quatre temps, quatre saisons, le dernier film d’Emmanuelle Bercot est le récit en très longue focale de la fin de vie, ici celle d’un homme foudroyé par la maladie alors qu’il est encore en pleine force de l’âge. Spectateurs impuissants, on accompagne Benjamin à chaque étape de cette dernière ligne droite, parsemée de douleurs, de peurs, mais aussi de joies, de désirs jusqu’au bout et de soulagements.

Dans le même bateau

Récit du parcours d’un homme à l’approche de la mort, De son vivant est aussi la chronique d’un service hospitalier qui se frotte au quotidien aux problématiques de la fin de vie. Le film s’articule autour de la personnalité du docteur Eddé, un médecin sensible, humaniste, courageux, dont la bonté et le courage contaminent tout le service.

Ici on parle aux patients, on échange, on tente de poser, quand c’est possible, des mots sur ce que chacun est amené à vivre et à ressentir dans cette étrange, douloureuse et mystérieuse période qui conduit les êtres vers le bout du chemin. Une expérience qui met tout le monde dans la même barque, les soignants faisant ici littéralement corps avec les patients. Et puis quand les mots, les protocoles et les remèdes font défaut, alors ce sont les corps et la musique qui prennent le relais. On réconforte par les gestes, par les regards, et puis on chante, et puis on danse… Une vision idyllique de l’hôpital, qui n’a hélas pas toujours les moyens d’accompagner de la sorte les patients en fin de vie. 

Caméra au plus près sans toutefois jamais sombrer dans le pathos, le film d’Emmanuelle Bercot est servi par un Benoît Magimel magistral. Catherine Deneuve campe une mère envahissante, terrassée par le chagrin, avec un jeu tout en nuances, et Cécile de France irradie le film de sa présence magnétique, dans un rôle pourtant quasi-muet. Le professeur Sara, dans la vie oncologue américain connu pour son humanité et ses méthodes de soin par la musique, impose un tempo et une mélodie joyeuse et singulière à ce film bouleversant.  

La fiche

Genre : Drame
Réalisateur : Emmanuelle Bercot
Acteurs : Catherine Deneuve,Benoît Magimel, Gabriel Sara, Cécile de France
Pays : France
Durée : 02h00
Sortie : 24 novembre 2021
Distributeur : Studio Canal
Synopsis : Un homme condamné trop jeune par la maladie. La souffrance d’une mère face à l’inacceptable. Le dévouement d’un médecin (le docteur Sara dans son propre rôle) et d’une infirmière pour les accompagner sur l’impossible chemin. Une année, quatre saisons, pour « danser » avec la maladie, l’apprivoiser, et comprendre ce que ça signifie : mourir de son vivant.

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