His Dark Materials sur OCS : c'est quoi la saga A la croisée des mondes ?

Douze ans après le film porté par Nicole Kidman et Daniel Craig, “His Dark Materials” nous offre une nouvelle adaptation de “À la croisée des mondes”. Si vous ne connaissez pas la saga de Philip Pullman, voici ce qu’il faut savoir.

C’est l’un des événements télé de cette fin d’année : quelques mois après la fin de Game of Thrones, HBO reste dans la fantasy en s’associant à la BBC pour adapter les romans “À la croisée des mondes”. Douze ans après le film réalisé par Chris Weitz, qui n’a jamais connu de suite, c’est le petit écran qui tente de s’emparer de l’oeuvre culte de Philip Pullman. Si vous n’y connaissez rien mais que la série His Dark Materials vous intéresse quand même, voici ce qu’il faut savoir sur les livres.

DE QUOI ÇA PARLE ?

Comme son titre peut le laisser penser, “À la croisée des mondes” s’articule autour d’une notion d’univers parallèles que l’on peut visiter en passant de l’un à l’autre de façon plus ou moins compliquée. Et tout commence dans celui de Lyra, 12 ans, à mi-chemin entre le Moyen-Âge et le début du XXe siècle où les humains cohabitent avec une extension de leurs âmes respectives ayant la forme d’un animal et appelée Daemon. Capturée par des voleurs d’enfants et sauvée par des gitans, la jeune fille compte se libérer de l’emprise du Magisterium, organisme gouvernemental global qui régit sa vie et celle de ses semblables, pour partir à la recherche de son père, sans savoir que son périple l’amènera à croiser des ours en armure et à voyager entre les mondes.

C’EST ÉCRIT PAR QUI ?

De ce côté de la Manche, le nom de Philip Pullman ne parle qu’à très peu de lecteurs. En Grande-Bretagne, il s’agit pourtant de l’une des grandes figures de la littérature locale. Né en 1946 à Norwich, il s’inspire notamment du célèbre poème épique de John Milton, “Le Paradis perdu” (“Paradise Lost” en VO), qui revient sur l’origine des hommes et reprend notamment des éléments de la Genèse, et dont Alex Proyas comptait tirer un film il y a quelques années de cela avant de jeter l’éponge. C’est notamment pour cette raison que la Poussière que trouve Lyra avant de quitter son monde est liée au Péché Originel. Ou que le titre anglais de la saga est “His Dark Materials” (“Ses noirs matérieux” dans la traduction signée Chateaubriand), est issu de l’un des vers du poème.

Initialement appelée “The Golden Compasses”, en référence à la même oeuvre et aux compas d’or que Dieu utilise pour établir les limites de la Création, “À la croisée des mondes” a grandement été influencé par l’essai “Du théâtre de marionnettes” d’Heinrich von Klast (qui questionne la grâce au théâtre) ; les tableaux de William Blake ou “La Dame à l’hermine” de Leonard de Vinci ; sans oublier “L’Anneau du Nibelung” de Richard Wagner, dont Philip Pullman s’est servi pour façonner sa mythologie au même titre qu’un certain J.R.R. Tolkien pour “Le Seigneur des Anneaux”. Et si bon nombre d’auteurs l’ont influencé à des degrés divers, C.S. Lewis n’en fait pas partie.

À première vue, les deux hommes présentent pourtant bon nombre de similitudes, à commencer par le fait d’avoir signé deux des sagas littéraires de fantasy les plus connues du monde sans que leur nom en soit aussi parlant auprès du grand public que ceux de Tolkien ou J.K. Rowling. Sauf que les différents tomes de “À la croisée des mondes” se présentent comme l’antithèse des “Narnia”, parus entre 1950 et 1956 et qu’il considère “ouvertement racistes”, “monumentalement désobligeants envers les femmes”, “immoraux” et “diaboliques”, selon les propos qu’on notamment rapporté le Guardian et le Star.

Une opposition qui n’empêche pas Philip Pullman d’avoir eu droit à son lot de critiques. De la part d’organisations chrétiennes qui préfèrent largement les “Narnia” à sa “Croisée des mondes” jugée anti-religieuse (ce qui était peut-être le but recherché pour se démarquer des écrits de C.S. Lewis), quand bien même la religion est omniprésente dans son oeuvre, même si elle va à l’encontre des préceptes théologiques et moraux ancrés dans la culture européenne. Aujourd’hui âgé de 73 ans, le romancier a également été qualifié de “darwinien” pour son attachement à la théorie de l’Évolution qui s’incarne dans l’un de ses personnages.

Au-delà de cet aspect, “À la croisée des mondes” s’appuie sur les mêmes ingrédients que la grande majorité des romans de fantasy sur fond de voyage initiatique, où le Bien et le Mal s’affrontent sur fond de rite de passage.

IL Y A COMBIEN DE LIVRES ?

Si l’on ne prend que la saga centrale “À la croisée des mondes”, ce sont trois livres parus entre 1995 et 2000 : “Les Royaumes du Nord”, “La Tour des anges” et “Le Miroir d’ambre”. Des tomes auxquels sont venus s’ajouter une suite, “Lyra et les oiseaux” (2003) et un prequel, “Il était une fois le Nord” (2008), dont l’action se déroule avant la naissance de l’héroïne. Philip Pullman s’est depuis lancée dans une autre trilogie, celle dite “de la Poussière”, centrée sur des événements survenus dix ans avant ceux de “À la croisée des mondes”. Le premier roman, “La Belle sauvage”, est paru en 2017. Le second, “The Secret Commonwealth”, est disponible en Grande-Bretagne depuis peu mais il n’y a pas encore de date pour la version française. Une fois que la BBC et HBO en auront terminé avec l’histoire principale, il y aura donc encore de quoi faire.

ÇA A ÉTÉ ADAPTÉ AVANT ?

Il y a bien sûr eu le film de Chris Weitz, point de départ d’une trilogie qui n’ira pas plus loin et sur lequel nous reviendrons sous peu. Car avant, les romans ont été adaptés sous forme de feuilleton-radio sur BBC 4 en 2003, puis de pièce de théâtre dirigée par Nicholas Hytner (L’Objet de mon affection) entre 2003 et 2004, avec des marionnettes pour représenter les daemons, et ainsi coller avec l’une des influences de Pullman. Trois ans plus tard, la saga fait le grand saut vers l’écran de la même taille, grâce à New Line et un casting emmené par Nicole Kidman, Daniel Craig et Eva Green.

Doté d’un budget de 180 millions de dollars, La Boussole d’or n’en rapporte… que 25,8 lors de son premier week-end d’exploitation sur le sol américain, où il termine sa course avec 70. Les 302,1 millions de billets verts engrangés dans le reste du monde lui permettent, certes, de relever un peu la tête, mais pas assez pour que l’aventure continue. Pour la saga comme pour New Line, qui dût être racheté par Warner et perdit son indépendance à la suite de cet échec. Non content d’arriver peu après un Eragon qui avait aussi échoué dans sa tentative de concurrencer Harry Potter sur le terrain de la fantasy, le long métrage avait fait l’erreur d’édulcorer le contenu du matériau de base, faisant notamment disparaître tout ce que les livres avaient d’anti-religieux au profit d’un divertissement familial.

Lequel ne connaîtra donc jamais de suite, et il aura fallu patienter jusqu’en 2019 pour connaître une nouvelle adaptation. Plus fidèle et réussie cette fois-ci, espérons-le.

“His Dark Materials” est diffusé en US+24 sur OCS à partir du mardi 5 novembre

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