Jacqueline Maillan : cette part sombre qu’elle ne montrait qu’en privé

Pour toute une génération, elle est une figure mythique du théâtre de boulevard comme le montre Drôles pour toujours, vendredi 5 mars à 21 h 05 sur France 3. Mais derrière les murs de son appartement parisien, c’est une autre partition, plus lourde, que la célèbre comédienne livrait à son mari.

On dit "La Maillan", comme on dit "La Callas". Virtuose de l’humour, reine incontestée du théâtre de boulevard, elle a débuté, comme Jean Poiret et Michel Serrault, au cabaret dans les années 1950. L’actrice rêvait d’une carrière dramatique, mais René Simon, professeur de théâtre, l’oriente vers la comédie après qu’elle l’ait fait rire en interprétant… du Racine ! Il est arrivé qu’elle soit décrite comme une "De Funès en jupons". Les deux stars avaient en commun un sens inné du rythme tout en étant habitées par une profonde gravité.

Le poids d’une époque

Si sur scène Jacqueline Maillan était irrésistible de drôlerie, dans l’intimité, elle portait un poids bien lourd pour ses épaules. Son amie, la réalisatrice Marion Sarraut, a confié dans l’émission Un jour, un destin: "Jacqueline avait quelque part une bisexualité, c’était quelque chose qui lui posait un problème fondamental. À l’époque, c’était très difficilement gérable."

Secret bien gardé

Et pour cause. Durant ses décennies de succès, l’homosexualité était considérée comme une pathologie psychiatrique en France, au même titre que la schizophrénie. Elle garda ce secret jusqu’à sa mort en 1992, alors que deux ans plus tôt, l’Organisation mondiale de la santé retirait l’homosexualité de la Classification internationale des maladies.

Des monstres de comédie

Une seule personne savait pour Maillan, celui qu’elle appelait "l’être de ma vie", son époux Michel Emer, l’un des compositeurs d’Édith Piaf. Non seulement il savait mais, par amour, il l’acceptait. Ils formaient un couple libre bien avant la révolution sexuelle. Dans son documentaire Drôles pour toujours, Marie-Christine Gambart a choisi de ne s’intéresser qu’à la phase lumineuse de Jacqueline Maillan, montrant le parcours et l’incroyable complicité tissée entre elle et ses deux comparses de jeu, Michel Serrault et Jean Poiret. Ce portrait croisé de trois monstres de la comédie, raconté par ceux qui les ont côtoyés, est un délice de drôlerie et de finesse. Leur folie et leur générosité continuent d’ailleurs d’inspirer ceux qui se réclament de leur descendance.

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