La Poursuite impitoyable sur Arte : pourquoi ce film avec Marlon Brando a-t-il été mal vécu par son réalisateur ?

A l’occasion de la diffusion de “La Poursuite impitoyable”, ce soir sur Arte, retour sur les rapports houleux entre le réalisateur Arthur Penn et le producteur Sam Spiegel.

Sorti en 1966, La Poursuite impitoyable se déroule au Texas, où le retour d’un évadé de prison (Robert Redford) dans sa ville natale déchaîne les passions. Le shérif (Marlon Brando) tente alors de trouver le fugitif avant que la foule ne s’en empare… Porté par un casting quatre étoiles, ce drame fort et engagé constitue une peinture sombre et sans concession d’une Amérique corrompue, haineuse et raciste. Cela étant, en dépit de ses qualités, ce cinquième film réalisé par Arthur Penn est une expérience douloureuse pour lui. La raison ? L’interventionnisme démesuré du producteur Sam Spiegel.

Sam Spiegel, à qui l’on doit plusieurs films entrés dans l’histoire du cinéma comme Sur les quais, Le Pont de la rivière Kwaï ou Lawrence d’Arabie, achète les droits de la pièce de Horton Foote dans les années 1950. A l’origine, il veut Marlon Brando dans le rôle de Jason “Jake” Rogers et Marilyn Monroe dans celui de sa soeur Anna Reeves. Mais lorsque le projet entre en production, en 1965, l’acteur mythique de 41 ans est jugé trop âgé pour jouer ce personnage (et Monroe meurt en 1962). C’est pour cette raison qu’il incarne finalement le shérif Calder (James Fox est casté en Rogers).

D’emblée, Sam Spiegel impose sa marque avec une volonté de fer, au point que ses relations avec Arthur Penn en pâtissent sérieusement. Il commence par effectuer de nombreux remaniements au script de base écrit par Lillian Hellman (cette dernière n’est pas tenue au courant des changements). Il fait aussi en sorte que Robert Redford, alors relativement inconnu, incarne le personnage de l’évadé de prison (une bonne idée au final). Mais surtout, le producteur passe son temps à dicter sa propre vision des choses au metteur en scène, que ce soit pendant le tournage mais aussi en post-production.

    Ainsi, Sam Spiegel engage le directeur de la photographie Joseph LaShelle en remplacement du grand Robert Surtees (qui quitte le projet en raison d’une maladie), mais sans laisser le choix à Penn. La relation entre LaShelle et le cinéaste est difficile. Le producteur refuse également à Penn le droit de monter lui-même le film et fait appel à des “monteurs professionnels” pour remanier l’ensemble. Au final, le rythme de l’oeuvre est à l’opposé de celui voulu par le réalisateur, qui souhaite un montage nettement plus nerveux, suggérant une forme d’hystérie collant parfaitement au projet de base.

    Arthur Penn sort déprimé de cette expérience. Il se rattrape toutefois avec son prochain film, Bonnie and Clyde, qui devient une pépite du cinéma américain des années 1960. Dans son ouvrage culte “Le Nouvel Hollywood”, Peter Biskind note, au sujet de La Poursuite impitoyable, qu’il s’agit d’un exemple parfait montrant à quel point, dans le Hollywood des années 1950 et 1960, les producteurs ne laissaient que peu de place à la créativité des cinéastes : “Hollywood n’était surtout pas un endroit pour les intellectuels, quel que fût leur talent, Penn en avait fait l’expérience à ses dépends.”

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