Les Choses qu'on dit, les choses qu'on fait : une "fresque sentimentale" signée Emmanuel Mouret

Emmanuel Mouret évoque son nouveau long métrage, “Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait”, histoire de sentiments à quatre voix, dans laquelle les personnages se croisent au gré des différents récits.

Deux ans seulement après Mademoiselle de Joncquières, nommé à six reprises aux César 2019 (et récompensé pour ses costumes), Emmanuel Mouret est de retour avec son nouveau long métrage en tant que réalisateur et scénariste. Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait n’est pas tant une histoire d’amour que de sentiments, au présent, et dans lequel il alterne avec brio légèreté et gravité, long discours et élans passionnés, dans des récits qui s’entrecroisent, portés par Camélia Jordana, Niels Schneider, Émilie Dequenne et Vincent Macaigne.

AlloCiné : Il y a dans ce film un dialogue particulièrement intéressant, dans lequel un personnage précise qu’il ne raconte pas une histoire d’amour mais de sentiments. N’est-ce pas une bon résumé de vos films finalement ?

Emmanuel Mouret : Oui c’est vrai. Je préfère parler d’histoires de sentiments et de désirs que d’histoires d’amour. Tout simplement parce que je ne sais pas très bien ce que c’est que l’amour, et que c’est un mot très vague. Et puis le terme “histoire d’amour” a, à mon goût, un petit côté trop sirupeux (rires) Un côté fleur bleue. Quand on parle de sentiments et de désirs, on y perçoit peut-être plus, à la fois, le côté cocasse et la cruauté.

Sans aller jusqu’à parler de film-somme, on retrouve ici beaucoup d’éléments de vos précédents longs métrages : les récits entremêlés comme dans “Un baiser s’il vous plaît”, un côté choral certes moins prononcé que dans “L’Art d’aimer”, de la manipulation comme dans “Mademoiselle de Joncquières”, de la mélancolie…

Je ne dirais pas que c’est un film-somme, ni même un aboutissement, car cela voudrait dire que c’est mon dernier. Et il n’y a pas vraiment de calcul dans l’écriture d’un projet à un autre. Je ne sais d’ailleurs jamais quel sera le suivant, car je travaille toujours sur plusieurs à la fois. Ce sont plus les situations sur lesquelles je suis parti, car au départ il y en a deux : d’abord celle du personnage incarné par Camélia, qui se retrouve avec celui de Niels Schneider, et cette idée que deux personnes se racontent leur intimité, et que ce récit créé du lien entre eux. Cette idée me plaisait, et j’aimais les récits dans les récits. Puis il y a cette autre partie, qui est plus pour moi comme une sorte de polar sentimental. Ou une drôle de revanche, avec une femme qui fait presqu’écho à Mademoiselle de Joncquières, qui fait qu’on se trouve entre la fresque sentimentale et le thriller sentimental. Mais quand un scénario démarre, il m’est très difficile de voir où il va aboutir.

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Malgré la première partie du titre, le film repose beaucoup sur les non-dits. Y a-t-il besoin de faire beaucoup d’ajustements à l’écriture, au tournage ou au montage pour parvenir à l’équilibre que nous voyons ?

Ça c’est aussi le talent des comédiens. Leur grand talent. Dans les choses qu’on dit, il y a tout ce que l’on ne se dit pas. Et on voit des acteurs qui énoncent des choses pour se protéger, pour protéger l’autre. Ce sont donc eux qui doivent le donner à penser. Mais j’aime bien cette idée que le lieu du cinéma, c’est ce qu’on ne voit pas, ce qui est hors-champ, ce qui est caché derrière le regard des comédiens, ce qui est dans une ellipse. Et c’est là que le spectateur va pouvoir projeter sa propre intimité, créer les liens et faire de l’histoire son propre récit. Beaucoup de choses ne sont sciemment pas montrées, pour que chaque spectateur puisse faire son travail, son cheminement. D’où mon goût pour le plan-séquence avec beaucoup de circulation dans l’espace, pour ne pas être comme dans les téléfilms, en gros plan sur le visage du comédien, qui dit, sur-dit et où le regard en rajoute encore. Non, j’ai envie que le spectateur soit à la recherche de ce que pense et ressent le personnage, qu’il soit en activité.

Et se questionne comme vous vous questionnez.

Tout à fait. Car les personnages, on les écrit, mais je ne prétends pas tout savoir, tout connaître. Et ce qui est amusant, à la fin de la projection d’un film, c’est quand les spectateurs viennent nous en parler et que chacun a son idée. Et parfois des idées très différentes (rires) Mais chacun a mis son vécu, son intimité dedans, et a fait son film. On dit que, pour un film, il y a autant de films qu’il y a de spectateurs, car chacun se marie d’une façon différente avec lui.

Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Paris le 10 septembre 2020

“Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait” est à voir à depuis le 16 septembre dans les salles :

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