"Moah", le "pari fou" d'une série préhistorique sans dialogue et sans musique

“Je ne voulais pas de sous-titres, pas de voix off et pas de musique narrative”. Le réalisateur Benjamin Rocher a relevé le pari de tenir en haleine le public avec une série préhistorique sans dialogue, ni musique, “Moah”, diffusée dès jeudi sur OCS.

Pour ce projet fou (dix épisodes de 26 minutes), il explique à l’AFP avoir joui d’une “liberté artistique quasi totale”.

Tournée dans le cadre somptueux de sites préhistoriques naturels en Dordogne, la série raconte la “préhistoire d’un mec”, “Moah”, interprété par Tigran Mekhitarian. Venu d’ailleurs, plus tendre et plus curieux que le reste de sa tribu, il en est le souffre-douleur, même s’il est protégé par sa mère, baptisée “Courageuse” (Anne-Lise Heimburger).

Le chef “Bec de lièvre”, son affreux second le “Tueur”, le “Beau” et la “Belle”, la “Folle” et la “Myope” ou encore “Hoquet” (Bruno Sanches, acolyte d’Alex Lutz dans “Catherine et Liliane”) complètent la galerie de personnages crasseux et vêtus de peaux de bêtes.

“C’était déjà très audacieux de la part d’OCS de se lancer dans une série préhistorique, je me suis dit qu’il fallait aller encore plus loin”, raconte Benjamin Rocher. “C’était un pari très risqué artistiquement mais j’ai pensé que je n’aurais pas forcément deux fois l’occasion de faire une série préhistorique…”, plaisante-t-il.

“On voulait faire une chronique à hauteur d’hommes préhistoriques, et le fait de ne pas avoir de sous-titres ou de cartons (textes filmés sur fond neutre, ndlr) ni de contextualisation géographique ou temporelle nous force à être vraiment avec les personnages, sans béquilles contemporaines. On est obligés de parler leur langage”, développe-t-il.

– “Prouesse narrative” –
Avec “Moah”, il signe sa première série en tant que réalisateur principal, après avoir été aux manettes des longs métrages “La Horde” et “Antigang” ou travaillé sur la série Netflix “Marianne”.

S’il s’est beaucoup documenté pour “Moah” avec les co-créateurs Bertrand Soulier et Henri Debeurme, il n’a “pas toujours suivi les théories communément admises”. “On a discuté avec des spécialistes (de la préhistoire) qui nous disaient +on n’a aucune certitude+, ça nous a vraiment décomplexés dans l’interprétation. On peut tout à fait rester très scrupuleux sur la véracité historique, tout en imaginant un univers dingue. On se demandait avant tout si c’était crédible humainement”, explique-t-il.

Outre ses recherches, il a revu beaucoup de films situés à cette époque (“La guerre du feu”, “L’Odyssée de l’espèce”…), qui l’ont conforté dans la création de sa “propre préhistoire”, qui ne soit ni du documentaire ni du docufiction: “le rythme de +La guerre du feu+ m’a encouragé à prendre du temps”.

Le téléspectateur suit le parcours initiatique de Moah à travers des scènes de vie tantôt cocasses, tantôt contemplatives, souvent déroutantes, parfois dérangeantes.

“Ce qui m’intéressait, c’est d’essayer de trouver une vérité humaine. Cela passe par des moments un peu débiles, tristes, cruels, drôles, mignons, poétiques…”, détaille le réalisateur.

Pour “Moah”, ses influences sont diverses, allant du cinéma muet de Chaplin à la série “Fargo”, en passant par Ruben Östlund, Palme d’or 2017 pour “The Square”, “un réalisateur qui a la faculté de faire basculer l’empathie des téléspectateurs et de le mettre face à ses contradictions”.

Le festival Séries Mania, qui avait sélectionné cette année “Moah” avant d’annuler son édition pour raisons sanitaires, a salué une série “tantôt drôle, émouvante ou angoissante”, un “ovni”, “prouesse narrative et visuelle”.

Produite par Empreinte digitale (“Missions”, “Les grands”) pour OCS, “Moah” sera diffusée à partir de jeudi soir sur OCS Max et disponible à la demande le même jour.

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