Spycies : "un James Bond animalier qui aurait trempé dans L'Arme Fatale"

Alors que “Spycies”, film d’espionnage animé (et animalier) sort aujourd’hui dans les salles, rencontre avec le réalisateur Guillaume Ivernel et avec Davy Mourier, scénariste et interprète vocal du personnage principal.

AlloCiné : Comment décririez-vous “Spycies” et ses personnages en quelques mots ?

Davy Mourier (scénariste et interprète de Vladimir) : Spycies, c’est un James Bond animalier qui aurait beaucoup trop trempé dans L’Arme Fatale, avec un peu de Grey’s Anatomy. En gros, c’est l’histoire de Vladimir, un flic beau gosse qui détruit un peu tout ce qui passe devant lui, mais pour que son enquête soit réussie. Il est très bon, mais il ne regarde pas les à côté. Finalement, c’est pas vraiment un chat. Un chat fait attention ou il marche, lui non. Il met ses pattes dans la gueule des gens trop souvent, pour reprendre un peu une série américaine pas terrible. C’est le Walker Texas Ranger des chats (rires). Ce gars se retrouve donc à faire une bêtise, son chef le punit et l’envoie être gardien sur une plate-forme en plein milieu de la mer, où il se retrouve avec un rat geek appelé Hector qui cherche des amis, contrairement à Vladimir qui ne veut pas d’ami du tout. (…) Le duo improbable se forme, et l’aventure commence au moment où des intrus pénètrent sur la plate-forme et dérobent un mystérieux liquide. L’enquête débute et mène les deux héros dans un hôpital.

Comment ce projet d’animation à mi-chemin entre la Chine et la France est-il né ?

Guillaume Ivernel (réalisateur) : Il y a quelques années, des amis chinois m’ont suggéré de venir voir ce qui se passait en Chine, visiter les studios. Je connaissais le superviseur des effets spéciaux du film de Jean-Jacques Annaud Le Dernier Loup qui se passe en Chine. Il m’a parlé d’un studio tenu par deux Français et une Chinoise, appelé Lux Populi. Je suis allé les voir, on a sympathisé, et la Chinoise Shi m’a dit qu’en parallèle du studio 3D, elle écrivait aussi des séries et des films. Elle m’en a fait lire un qui s’appelait “L’Hôpital des animaux”. C’était très loin de Spycies à l’époque, c’était uniquement une série avec des petits gags sur un hôpital avec des animaux un peu farfelus. (…) Je suis rentré en France, et quelques mois plus tard, Benoît Luce, l’un des patrons de la boîte et le producteur m’a appelé pour me dire que des investisseurs chinois souhaitaient faire de ce projet un long métrage. Et comme ils avaient beaucoup aimé mon travail, ils voulaient que le réalise. J’étais super excité, mais je leur ai répondu qu’on ne pouvait pas faire un long métrage uniquement sur l’hôpital, et que j’aimerais injecter d’autres choses. On a commencé à discuter, et c’est là qu’a commencé à arriver tout l’esprit James Bond et la science-fiction. Et j’ai ajouté une chose. Je leur ai dit qu’il y avait un sujet dont j’avais absolument envie de parler dans ce film : l’écologie. Parce que le climat en Chine, c’est quelque chose d’important. Pour la petite histoire, la première fois que je suis arrivé là-bas, à Pékin, j’y ai passé 15 jours et je m’étonnais du fait qu’il n’y avait jamais de ciel bleu. On m’a répondu que le ciel n’était pas gris, mais que c’était l’effet de la pollution.

    Comment s’est déroulé la collaboration entre équipe chinoise et équipe française ?

    Avec le producteur, nous avons décidé d’essayer de prendre les meilleurs talents dans les deux pays : en France et en Chine. En France, on a fait toute la création graphique, tout le découpage en maquette 3D, et toute l’animation. Et tout le reste a été fait en Chine. Quand le film a commencé (…), je voulais retravailler le scénario, je cherchais quelqu’un pour ça. Je suis allé voir une copine qui travaillait aux éditions Delcourt en lui expliquant que je cherchais quelqu’un qui saurait en même temps écrire des gags, retravailler un scénario, écrire des dialogues… Elle m’a tout de suite conseillé de rencontrer Davy Mourier.

    Comment avez-vous intégré le projet “Spycies” ?

    Davy Mourier : J’étais chez moi, je travaillais sur une bande dessinée, La Petite Mort. J’ai reçu un SMS, on me demandait si j’étais d’accord d’écrire un long métrage d’animation pour la Chine. J’ai cru que c’était une blague. (…) Ils m’ont envoyé des images, et j’ai reçu 3 minutes de Spycies. C’était déjà fou, c’était la scène sur la plate-forme avec les vagues, en 3D. J’ai vu ça et je me suis dit que le film était déjà fini. Je me suis demandé pourquoi ils avaient besoin de moi. (…) Quand je les ai rencontrés, ils m’ont dit qu’ils avaient déjà commencé à faire le film et qu’il leur fallait une première mouture du scénario dans un mois. Un mois ! Il y avait déjà des choses écrites mais il fallait quand même reprendre des passages, et il fallait surtout complètement créer les passages avec les gags. Je me suis dit que ça pouvait être rigolo, surtout que j’avais déjà des personnages et des lieux imposés. C’était comme faire de l’impro avec un théâtre de marionnettes qui était déjà là, avec des textes qui étaient déjà là.

    Vous partagez l’affiche avec votre acolyte de longue date Monsieur Poulpe. Mais pour une fois, c’est vous qui incarnez le personnage principal…

    Davy Mourier : C’était fou, parce qu’on était partis pour que je joue le petit rat geek, et Poulpe le héros beau gosse. On a toujours joué comme ça dans nos sketches, j’ai toujours été le faire-valoir de Poulpe, pendant 5 ou 6 ans. Et dans notre tête, on était partis pour faire comme ça. Sauf que [le studio de doublage] Piste Rouge a appelé Guillaume trois jours avant l’enregistrement des voix et ils lui ont dit qu’après avoir écouté les essais, ils trouvaient que mon timbre de voix collerait mieux au héros, et celui de Poulpe au rat geek. Ils nous ont donc annoncé qu’ils voulaient tester dans l’autre sens. Moi je n’y croyais pas du tout parce que pour moi, le héros, c’est Poulpe. C’est vrai que ça fait bizarre, mais…

    Guillaume Ivernel : … C’était la bonne idée. (…) Quand Céline, la directrice de plateau, m’a proposé ça, j’ai quand même eu un choc parce que c’était à trois jours de commencer. Je n’aurais jamais pensé à ça. J’ai réfléchi un petit quart d’heure et je me suis dit qu’elle avait entièrement raison. C’était ça qu’il fallait faire. C’est vrai que pour eux ça a été compliqué parce qu’ils s’étaient déjà imaginé le personnage, il a fallu complètement switcher trois jours avant, mais une fois qu’ils ont trouvé le style, c’est parti directement !

    (Re)découvrez la bande-annonce du film (en salles à partir d’aujourd’hui)…

    Propos recueillis le 25 juin 2020

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