"Tout s'est bien passé" de François Ozon traite avec légèreté le grave sujet du suicide assisté

Après la pédophilie dans l’Église avec Au nom du Père, François Ozon traite de la mort choisie en adaptant le récit autobiographique éponyme d’Emmanuèle Bernheim Tout s’est bien passé (Gallimard). Deux sujets sociétaux sous les feux de l’actualité, le premier abordé avec une extrême gravité, le second de façon plus décontracté, et servi par un casting de premier ordre.

Gravité et légèreté

Terrassé par un accident vasculaire cérébral à 85 ans, le père d’Emmanuèle est hospitalisé. Amoureux de la vie, grand collectionneur d’art, et un rien suffisant, il se découvre diminué et dépendant, dans un état qui le prive de sa raison d’être. Ne supportant pas son état, il demande à sa fille de l’aider à mourir. Plus ou moins soutenue par sa sœur, Emmanuèle va répondre à sa requête, alors que le suicide assisté est puni par la loi en France.

Cinéaste prolixe, François Ozon a tâté autant de la comédie (Sitcom, Potiche), du thriller (Swimming Pool) que du drame romanesque (Frantz). Touche à tout, toujours élégant dans ses mises en scène, accompagné de comédiennes fidèles (Charlotte Rampling, Ludivine Sagnier), l’auteur-réalisateur a développé un style reconnaissable et changeant selon ses sujets. Passant de la légèreté à la gravité avec une aisance étonnante, il allie les deux dans Tout s’est bien passé.

Humanité

C’est le sujet que l’on retiendra principalement de Tout s’est bien passé, et moins ses qualités cinématographiques. François Ozon nous a habitués à de l’inventivité dans ce domaine, mais le film de facture conventionnelle, s’avère un peu pauvre de ce point de vue. Demeure le parti pris de l’humour qui traverse le film, en soi un choix de mise en scène. Un choix un peu trop prononcé peut-être. Car si François Ozon parvient, grâce à cette approche, à se libérer du pathos auquel se prête le sujet, la dernière phase du film penche un peu trop du côté de la comédie, mâtiné d’un suspense policier pas forcément pertinent.

Les événements que relate Emmanuèle Bernheim dans son récit se retrouvent dans le film, c’est donc leur transposition à l’écran qui déçoit. Il n’en reste pas moins que le sujet est avant tout prétexte à brosser une galerie de portraits d’une grande humanité, avec un André Dussollier impressionnant dans son rôle de paraplégique toujours grinçant et conscient, habité de convictions inébanlables. L’inventivité vient également du personnage de Gérard (formidable Grégory Gadebois), que les deux sœurs appellent « grosse merde« , un étrange trublion qui empêche tout le monde de tourner en rond, et dont le mystère des origines et des sentiments pimentent le récit. Charlotte Rampling en épouse rejetée par son mari, enfermée dans une dépression constante, complète un casting qui fonctionne à ravir. Et que dire du bonheur de retrouver la trop rare Hanna Schygulla dans un rôle inattendu ? 

La présence de Sophie Marceau découle du désir du metteur en scène de tourner enfin avec une des meilleures actrices du cinéma français, lui qui a tourné avec Deneuve, Huppert, Rampling et a révélé Ludivine Sagnier. A son côté, Géraldine Pailhas reste dans l’ombre, une présence discrète qui caractérise son registre d’actrice. Au courage d’aborder sans détour un sujet encore tabou, s’ajoute cette belle réunion d’artistes, principal atout du film. Le propos de François Ozon n’est pas de prendre parti pour ou contre le suicide assisté, mais de poser des questions de façon frontale dans un film distrayant, un peu trop peut-être.

La fiche

Genre : Comédie dramatique
Réalisateur : François Ozon
Acteurs : Sophie Marceau, André Dussollier, Géraldine Pailhas, Charlotte Rampling, Grégory Gadebois
Pays : France
Durée : 1h53
Sortie : 22 septembre 2021
Distributeur : Diaphana Distribution

Synopsis : à 85 ans, le père d’Emmanuèle est hospitalisé après un accident vasculaire cérébral. Quand il se réveille, diminué et dépendant, cet homme curieux de tout, aimant passionnément la vie, demande à sa fille de l’aider à mourir.

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